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Presse
Lu dans Philosophie
Magazine de mars 2009, dans un dossier "Pourquoi fait-on des enfants?".
Voir aussi l'article de Françoise
Boquentin
Rousseau, un mauvais père ?
Entre 1746 et 1752. Rousseau dépose cinq
nourrissons l'Hôpital des Enfants-Trouvés. L'auteur d'Emile ou De l'éducation,
un mauvais père ? L'affaire a suscité l'indignation et de nombreuses
spéculations, parmi lesquelles l'hypothèse probable selon laquelle Rousseau
aurait inventé cette histoire - avouer une faute grave, c'était fonder en
émotion la vérité de l'ensem/*ble de ses Confessions. Il convient quoi
qu'il en soit de replacer cette affaire dans son contexte socio-historique.
L'abandon d'enfants, qui n'est pas un délit, est courant dans le milieu
que fréquente alors Rousseau. Vers 1750, plus d'un tiers des enfants baptisés à
Paris sont des enfants abandonnés. Et l'attachement aux bébés est moins fort
qu'aujourd'hui, dans un monde où un nouveau-né sur dix atteinte l'âge de dix
ans. Le plus curieux n'est donc pas l'abandon, mais l'importance que lui
accordent Rousseau et ses adversaires. Quand Voltaire dénonce en lui un père
indigne, quand Rousseau évoque, justement dans Emile, son sentiment de
culpabilité, tous deux attestent de l'évolution du regard porté sur les enfants.
Rousseau est le premier à se sentir tenu de répondre publiquement de sa
progéniture; Voltaire le premier à se croire en droit de lui adresser des
reproches à ce sujet; or c'est Rousseau lui-même qui donne à son ennemi le bâton
pour se faire battre. Nous ne sommes guère disposé à entendre ce paradoxe:
Rousseau est de tous les philosophes celui qui a fait le plus pour l'enfance, et
le moins pour ses enfants. Mais c'est précisément parce qu'il a changé notre
regard sur cet âge de la vie que nous nous croyons autorisés à le juger, sans
essayer de comprendre.
Stéphane Audeguy
Auteur de Fils unique (Gallimard 2005)
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Livres
Un autre Jean-Jacques Rousseau. Le paradoxe de la technique; Anne
Deney-Tunney; PUF, "Fondements de la politique" 2010 (154 pages). "Cette
lecture attentive et convaincante permet de saisir combien la position de
Rousseau est plus équilibrée, et plus intéressante, qu'on ne le dit
habituellement. Loin d'être un technophobe fanatique et sectaire, c'est un
technophile bien tempéré, précurseur du principe de précaution, attentif aux
méfaits possibles des progrès, mais nullement acharné à les maudire partout et
toujours. Car il est assez fin pour comprendre que si la technique est un mal,
au fil de l'histoire et des circonstances, ce mal est un bien. (Roger-Pol Droit,
Le Monde des Livres 18.6.2010).
Sur le Contrat Social; Louis Althusser; édition Manucius 2009
(107 pages). Lecture exemplaire du chapitre I, VI du Contrat Social extraite
d'un cours qu'Althusser professa en 1965-1966. Eclairant, passionnant.
Oui la nature humaine est bonne. Comment la violence éducative la
pervertit depuis des millénaires; Olivier Maurel; Robert Laffont 2009 (368
pages). Impossible de passer sous silence ce livre remarquable qui
résume et développe, à l'intention du grand public, les travaux de la
psychologue Alice Miller. Celle-ci s'exprime comme suit sur le
site que l'auteur consacre à son livre : "Dans toutes les cultures on est
confronté au même déni [..], l'homme est né bon, capable d'apprendre l'amour et
la compassion, mais cette richesse est engloutie juste à l'aube de son existence
par les traitements qu'il subit." Nouvelle et éclatante confirmation d'un
Rousseau visionnaire.
Idées reçues: Jean Jacques Rousseau; Christian Destain; édition Le Cavalier
Bleu 2007 (126 pages) Idées reçues: issues de la tradition ou de l'air
du temps, mêlant souvent vrai et faux, les idées reçues sont dans toutes les
têtes. L'auteur les prend pour point de départ et apporte ici un éclairage
distancié et approfondi sur ce que l'on sait ou croit savoir.
Ce petit ouvrage est en vente à la librairie de l'Espace Rousseau.
Exposé succinct de la contestation qui s'est élevée entre M. Hume & M.
Rousseau; Davide Hume, d'Alembert, Voltaire, Marianne Latour de Franqueville;
édition Coda 2009 (120 pages)
Depuis plus de trois ans Rousseau est en exil, après que son Emile ait
été par jugement lacéré et brûlé sur les marches du Palais de Justice de Paris.
David Hume n'a alors en France presque que des amis, Jean-Jacques presque que
des ennemis. Le 21 mai de l'année suivante, hagard, au bord de la folie,
Rousseau fuit l'Angleterre après une folle querelle venimeuse, acharnée, avec
le « bon David ». Que s'est-il passé ?
Le voyage des grands hommes; François Vallejo; édition Viviane Hamy 2005 (254
pages) Rousseau, Diderot et Grimm ont-ils fait ensemble le Voyage d'Italie ?
Seul Lambert, valet d'exception, poura vous en convaincre.
Rousseau ou l'état sauvage; Armand Farrachi; édition PUF Perspectives
critiques 1997 (125 pages) Par ses refus autant que par ses choix, par sa
pensée toujours libre et jamais domestiquée, par ses moeurs farouches, sa nature
solitaire, par son rejet de la civilisation et de la culture autant que par sa
défense du primitif, Rousseau est bien un sauvage dans tous les sens du terme.
Age de pierre, âge d'abondance. L'économie des sociétés primitives;
Marshall Sahlins; éditions Gallimard, Bibliothèque des sciences humaines 2007
(409 pages). Les intuitions de Rousseau confirmées par l'anthropologie ?
Qu'en est-il de l'économie dans les sociétés primitives? À cette question
fondamentale, la réponse classique de l'anthropologie économique est la suivante
: l'économie archaïque est une économie de subsistance et de pauvreté, elle
parvient au mieux à assurer la survie du groupe incapable de sortir du
sous-développement technique. Le sauvage écrasé par son environnement écologique
et sans cesse guetté par la famine et l'angoisse. telle est l'image
habituellement répandue.
[...] Marshall Sahlins affirme, avec autant d'esprit que d'érudition, que non
seulement l'économie primitive n'est pas une économie de misère, mais qu'elle
est la première et jusqu'à présent la seule société d'abondance.
[...] «Si l'homme primitif ne rentabilise pas son activité, c'est non pas parce
qu'il ne sait pas le faire, mais parce qu'il n'en a pas envie. »
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